Intensification de l'influence

La deuxième vague d’américanisation se produit de 1945 à 1989, elle prend une grande ampleur en raison d’un contexte historique favorable à sa propagation ou à des produits culturels adaptés à la société de consommation de masse qui apparaît dans les années cinquante.

L’histoire de la deuxième moitié de XXème permet d’expliquer l’influence grandissante de la culture américaine.

Comment la culture américaine a t-elle réussit à pénétrer en France ?

L’Europe et la France d’après guerre sont confrontées au problème de la reconstruction et à celui de la modernisation de leurs économies. Les moyens financiers nécessaires à la reconstruction sont énormes, seuls les USA apparaissent capables d’apporter l’aide financière qui s’élève à 13 milliards de dollars accordés par le plan Marshall en avril 1948 à 16 pays de l’Europe occidentale.

 



→ Répartition des crédits accordés par les Etats-Unis aux pays européens lors du plan Marshall.

- L’aide américaine permet une américanisation des sociétés européennes:

En effet, les dollars devaient servir à acheter des produits américains et à diffuser leur mode de vie. Par exemple, dans l’électroménager, les aspirateurs "Hoover", ou les réfrigérateurs souvent appelés "Frigidaires" nom commercial de l’entreprise les fabriquant, de même le développement de la consommation du cola cola dans les années 1950.

- L’aide financière américaine est aussi utilisée pour accroître la pénétration culturelle américaine:

L'accord Blum-Byrnes, signé le 28 mai 1946 entre James F. Byrnes (États-Unis) et Léon Blum et Jean Monnet (France), après de longues négociations, liquide une partie de la dette française de 2 milliards de dollars envers les États-Unis après la Seconde Guerre mondiale.Le ministre des finances de Truman offre même un nouveau prêt à des conditions de remboursement considérées comme exceptionnelles. Il accorde ainsi une aide de 300 millions de dollars remboursables en 35 ans ainsi qu’un prêt bancaire de 650 millions de dollars. En échange, il a une exigence cinématographique: que toutes les salles soient ouvertes aux films états-uniens sauf une semaine par mois. C'est un moyen pour les Américains de diffuser "l'American way of life" (mode de vie étasunien) et de favoriser l'industrie cinématographique hollywoodienne.
Bien qu’à partir de 1948 les accords soient  révisés dans un sens plus favorable à la France, les films américains continuent à arriver de façon massive.

- La période de la guerre froide de 1947 à 1962 favorise l’américanisation de la France et de l’Europe occidentale:

Les USA mènent une politique culturelle active pour promouvoir les valeurs et les modes de vie américains face au camp soviétique.

Les ambassades américaines font appel aux services de résidents américains en France pour animer des cycles de conférences dans les villes de province afin de diffuser la culture américaine.

Des bourses d’étude et de formation sont attribuées à des chefs d’entreprises, 2610 patrons français (missions de productivité) sont allés s’initier aux méthodes de gestion américaine. Ils y ont découvert l’importance de la vente pour écouler la production de masse, l’utilisation de la publicité, la vente en libre service. Ils apprirent aussi que l’on pouvait gagner plus en vendant moins cher une masse plus grande de produits.
La méthode de travail qui tire son nom de l'ingénieur américain Frederick Winslow Taylor (1856-1915) s'apelle le taylorisme. Cette méthode repose sur une organisation définie par des scientifiques: l'O.S.T (Organisation Scientifique du Travail) cherchant à définir "The One Best Way" (la meilleure façon de produire), permettant le rendement maximum.
Cette recette fut appliquée par Jean Mantelet, le fondateur de "Moulinex" en 1956.

 

Frederick Winslow Taylor, créateur de la méthode de travail américaine apellée "Taylorisme", largement utilisée en France.

Des journaux américains sont traduits en français comme "Reader’s digest" qui vante l’efficacité et la société d’abondance aux Etats–Unis, des articles en revanche stigmatisent la vie au-delà du rideau de fer.

- Enfin les transformations économiques et sociales en Europe et en France expliquent aussi la diffusion de la culture américaine:

La France et l’Europe connaissent un renouveau démographique : le nombre des naissances augmente à partir de 1946 ce qui conduit à une augmentation et à un rajeunissement de la population.

L’Europe occidentale et la France renouent avec la croissance économique à partir de 1950 (les trente glorieuses): les taux de croissance des PIB des pays industrialisés sont particulièrement élevés, en moyenne de 4,9% par an, celui de la France atteint 5,1% entre 1950 et 1973.
La productivité augmente dans l’industrie  mais  le plein emploi reste assuré, (le taux de chômage par rapport à la population active est de 1 ,9 % en France de 1950 à 1969) car la main d’œuvre libérée trouve à s’employer dans le secteur tertiaire.
Les sociétés occidentales s’engagent dans la société de consommation car durant les trente glorieuses, il y a une redistribution des fruits de la croissance entre le capital et les salariés. On assiste à une progression généralisé du niveau de vie des ménages français, on estime que le pouvoir d’achat du revenu moyen en 20 ans a autant progressé que pendant les 150 années précédant les trente glorieuses. Ce que confirme l’augmentation de leur consommation de 4,4 % en moyenne par an. On constate aussi une réduction des inégalités, ainsi, l’écart du revenu disponible entre les catégories extrêmes des ménages qui était de 4,4 en 1962 s’est réduit à 2,98 en 1976. Les français,  dans leur ensemble, peuvent donc consacrer une part plus importante de leur revenu aux loisirs culturels.

Durant cette période,  on assiste aussi à l’expansion  des classes  moyennes et à l’intérieur de cette catégorie il y a l’apparition d’un nouveau groupe social "les cadres", issus des nouveaux modes de gestion des entreprises sur le modèle américain. Les cadres sont une avant-garde sociale dynamique, sans grande tradition, désireux d’affirmer une identité  différente de  la bourgeoisie. Leur modernité les porte vers des formes culturelles neuves importées des Etats –Unis, ils sont attirés par le jazz, ils ont leur journal "L’express" fondé en 1953 par Jean–Jacques Servan-Schreiber imitant les hebdomadaires américains et leur station de radio est "Europe 1" en 1955.

Toutes ces transformations économiques et sociales favorisent l’américanisation car les produits américains sont adaptés au goût d’un public plus jeune et leur production de masse répond à une consommation qui est devenue de masse.


→ Ce graphique met en avant les transformations des sociétés et des ménages de 1960 à 1990. L'augmentation du pouvoir d'achat permet à la plupart des ménages, stimulés par le crédit et la publicité, de s'équiper des produits de grande consommation: réfrigérateur, machine à laver, télévision, automobile...
La culture américaine (musique, cinéma, télévisions, mode vestimentaire, automobile) s’impose peu à peu dans le monde, grâce au mass-media: moyens de communication de masse.

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Nous pouvons également parler d'une troisième phase d’américanisation, en effet, avec la fin de la Seconde Guerre mondiale et la défaite du nazisme, le monde connut une bipolarisation entre l'URSS communiste et les États-Unis capitalistes. Un antiaméricanisme d'idéologie communiste fut imposé dans les pays d'Europe centrale et de l'Est, et relayé par les partis communistes.

L’effondrement du bloc soviétique et des idéologies communistes en 1989 a donc laissé la voie libre à la pénétration de l’influence américaine à l’est.
A ce moment là, certains auteurs parlaient d’une américanisation planétaire.


Fichier:Kapitalisty1.jpg

Affiche de propagande soviétique dénonçant le capitalisme américain durant les années 1920.

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